60+1 : Togolais, bâtissons la cité

Article : 60+1 : Togolais, bâtissons la cité
Crédit: lennart laberenz / Wikimedia Commons

60+1 : Togolais, bâtissons la cité

Cette nuit, épuisée par une longue semaine de travail, je rentrais vide et exténuée, telle une orange pressée et vidée de son jus. Je conduisais lentement, bon an mal an, afin de rejoindre tant bien que mal mon lit pour me jeter dans les bras de Morphée. Virage à gauche après le super marché Leader Price, cap sur Agoè Assiyéyé. Quelques mètres plus loin, me voilà coincée dans une file immobile qui ne bougeait pas, car le fameux train national de TogoRail S.A, porteur de tonnes de calcaire, avait choisi ce passage à niveau pour tomber en panne.

Petit à petit, les conducteurs ont commencé par s’impatienter et par jaser. Le motocycliste à côté de moi se plaignait du fait qu’il y avait quelques jours, on avait coupé internet sans crier gare pendant près de 24 heures sans raison. L’autre a commencé par parler des coupures intempestives d’eau et d’électricité. Certains ont parlé de ci et de ça. Beaucoup ont parlé de corruption et des difficultés pour trouver un emploi, décrocher un contrat, se soigner, bref, gagner sa vie. Ils se sont plaints à tue-tête avec amertume et passion, puis, ont commencé par chercher une alternative pour rejoindre leur domicile. RFI continuait de diffuser l’actualité mais je n’y prêtais vraiment pas attention. Mon attention était plutôt portée sur ce que les uns et les autres disaient d’une manière si crue et qui malheureusement était évident.

27 avril 1960 – 27 avril 2021. Il y a 61 ans, notre cher pays le Togo, appelé l’or de l’humanité par Alex Casimir Dosseh, a accédé à l’indépendance internationale. J’aimerais saisir l’occasion de cette commémoration pour formuler quelques vœux à l’endroit du pays mais aussi de ses citoyens. Il est vrai que le tableau n’est pas reluisant mais il est aussi important de saluer les efforts déployés dans bien des domaines. L’histoire contemporaine de la société internationale nous prouve à suffisance que 61 ans ne valent pas grand-chose dans la vie d’un Etat. Mais, il est tout aussi opportun d’en faire une base sérieuse pour l’avenir d’une nation qui aspire à inscrire définitivement son nom dans le concert des Nations. 61 ans d’existence, c’est l’occasion de faire une rétrospective en guise de bilan, afin d’entrevoir des perspectives adéquates dans quelques secteurs choisis, dont la liste n’est en définitive pas exhaustive.

Une éducation et formation de qualité

Il est temps pour le Togo d’opter pour une éducation et une formation de qualité, en conformité avec les réalités du monde de l’emploi. A cet égard, il urge de faire des états généraux des enseignements primaire, secondaire, général, professionnel afin de parvenir à une refonte en profondeur du secteur et une révision des programmes scolaires. En outre, l’enseignement supérieur devra être axé sur l’innovation et la recherche valorisée.

Droits de l’homme, démocratie, bonne gouvernance et justice

Après 61 ans de dur apprentissage, le pays est définitivement engagé dans la pleine édification d’une démocratie avec la séparation des pouvoirs, la mise en place des structures chargées de la promotion et de la défense des droits de l’homme ainsi que l’adoption des lois relatives à la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption, entre autres. Il est donc temps que des questions de respect des droits de l’homme demeurent la préoccupation des acteurs politiques et civils, mais aussi les sujets de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption. Plus que jamais, la modernisation de la justice doit être poursuivie, afin de rendre la justice plus accessible aux citoyens dans la garantie de leurs droits et libertés. Les objectifs louables que l’Etat s’est fixés dans le Plan National de Développement (PND) ne peuvent être atteints sans transparence, recevabilité, rigueur et compétence.

De la jeunesse, de l’emploi des jeunes et de la sécurité sociale

Avec une population jeune et en proie au chômage, l’Etat doit trouver les moyens pour assurer l’emploi à la jeunesse ou créer des conditions favorables à la création d’emplois et de la richesse. L’heure a sonné pour que la jeunesse soit réellement prise en compte dans les politiques publiques, avec la réalisation de projets de développement et des initiatives d’inclusion sociale plus généralisées. Le but, à terme, sera de contribuer à la réduction sensible de la pauvreté.

Pour un système de santé efficace

Il ne peut y avoir de développement sans un système de santé efficace capable d’assurer une couverture médicale digne à la population. Il est temps que le domaine de la santé cesse d’être le parent pauvre des politiques publiques nationales, à fortiori en ces périodes où la pandémie de la Covid-19 a montré les limites du système de santé de bien de pays africains.

Pour des institutions fortes

Ces derniers mois ont été marqués par la nomination du Médiateur de la République, la limitation du mandat du président de la République, des députés, la tenue des élections municipales et une réorganisation administrative de l’Etat dans le sens d’une plus forte décentralisation. Ces exemples témoignent des réformes institutionnelles et constitutionnelles en cours dans le pays. A l’occasion du 61ème anniversaire de l’accession du Togo à la souveraineté internationale, nous formulons le vœu de faire de ces différents appareils étatiques des institutions fortes au service de l’intérêt général.

Citoyens responsables : adhésion au projet commun…

Aucun pays au monde ne peut se développer sans des citoyens responsables qui adhèrent au projet commun du vivre ensemble. Le Togo ne fait pas exception à cette réalité. Il est temps pour les Togolais de faire route ensemble, pour l’exercice de leurs droits mais aussi de leurs devoirs. En effet, il n’y a pas de droits sans devoirs. Que le civisme, la solidarité nationale envers nos compatriotes et l’amour de la patrie soient les valeurs à cultiver. Cette commémoration doit sonner le glas des rivalités ethniques et sociales. Le Togo est indivisible et tous les citoyens sont invités à travailler pour sa prospérité.

Je voudrais, pour finir, partager avec vous ces quelques mots de l’écrivain français Edmond About :

«  On ne vous demande pas l’impossible, on désire seulement que vous laissiez quelque chose après vous… Un arbre, un toit, un outil, une arme, un vêtement, un remède, une découverte scientifique, un livre, une statue : voilà ce que chacun de nous peut ajouter au trésor commun… Pour témoigner notre reconnaissance aux nombreux travailleurs qui ont rendu notre habitation si belle, rendons là encore plus belle pour les générations futures… Chacun peut, à sa manière, contribuer au progrès de l’humanité ».

Que Dieu bénisse le Togo et chacun de ses fils et filles.

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